Sortir de l’aliénation culturelle pour bâtir une souveraineté réelle

L’Afrique, et singulièrement l’Afrique francophone comme le Cameroun, se trouve à la croisée des chemins. Malgré les indépendances de façade, une réalité cruelle s’impose : la colonisation n’a pas seulement occupé les terres, elle a colonisé les gènes, les réflexes et l’imaginaire de ses populations. Ce bombardement médiatique et cette scolarisation au rabais ont produit des sociétés qui, tout en criant à la liberté, cherchent désespérément la validation de l’ancien maître. Pour se réapproprier notre destin, il est impératif d’opérer une révolution mentale radicale, une rupture avec les tares culturelles qui nous maintiennent dans l’arriération. Ce voyage vers la conscience de soi commence par un inventaire sans complaisance de nos faiblesses intérieures.
1. Briser le complexe d’Infériorité Nègre
Reconquérir la dignité et sortir de l’aliénation coloniale
Le retard de l’Afrique noire n’est pas qu’une question de chiffres, de PIB ou de dettes extérieures. Selon Shanda Tonme, il s’enracine dans une « perversion culturelle » profonde qui demeure « impénétrable à des transformations radicalement innovantes ». Le mal est d’abord psychologique : un traumatisme historique qui a transformé l’homme noir en un être en quête perpétuelle de validation. Pour sortir de cette impasse, nous devons affronter la vérité crue de notre aliénation et désarticuler ce complexe d’infériorité qui nous maintient dans un état de « suivisme d’esclaves interdits de toute critique ».
Diagnostiquer le traumatisme psychique de l’histoire
Le premier pas vers la guérison est la reconnaissance du mal. L’esclavage et le colonialisme n’ont pas seulement volé des corps et des terres, ils ont « profondément détruit le psychique du Noir ». Ce traumatisme a installé un sentiment d’infériorité qui survit aux indépendances politiques. Même parvenu au sommet de la réussite, l’Africain semble porter une « dette » invisible envers les autres cultures.
« L’esclavage et le colonialisme ont profondément détruit le psychique du Noir et installé dans son subconscient, un sentiment d’infériorité chronique. Quoique le Noir fasse, quoiqu’il devienne et où qu’il parvienne dans son evolution, il conserve dans ses rapports aux mondes, aux autres cultures et civilisations, une sorte de dette, d’excuse, de reconnaissance inexplicable. »
Ce sentiment pousse l’individu à devoir sans cesse « valider son crédit » auprès de l’Occident, comme si sa propre science ou son propre art n’avaient aucune valeur intrinsèque sans l’onction du maître.
Refuser la “mort de la race” par l’esthétique
L’une des manifestations les plus violentes de ce complexe est le rejet de notre propre image physique. Shanda Tonme parle d’une « humiliation suprême que constitue le rejet de la couleur de notre peau ». La dépigmentation (le décapage) et l’obsession pour les « faux cheveux » ou les greffes lisses ne sont pas de simples choix de mode, mais des signes de « l’infériorité culturelle » assumée. Nous cherchons à « épouser les traits et les formes des autres » pour échapper à ce que la psychologie collective a fini par construire comme la « malédiction de la race ».
« Que les meilleurs africanistes qui savent tant défendre la race, entrent dans les livres d’anthropologie, convoquent les états généraux de la culture… pour apporter donc une solution ou au moins pour trouver un remède, une parade, à ce qui est déjà le culte de l’imbécilité et de l’infertilité philosophiques. A partir du moment où des personnes rejettent leur identité et condamnent leurs âmes, en préférant celles des autres, il faut convenir qu’ils ont définitivement reconnu leur infériorité et livré leurs cultures sans combat sur l’autel de la compromission. »
Pour comprendre l’ampleur de cette aliénation esthétique, je vous renvoie au résumé PDF de ce livre que j’ai réalisé ainsi qu’à la vidéo dédiée qui analyse les mécanismes de la haine de soi.
Déconstruire le conditionnement spirituel et religieux
Le complexe d’infériorité est aussi nourri par une imagerie religieuse importée qui associe systématiquement le divin à la blancheur et le mal à la noirceur. L’auteur raconte comment, dès son jeune âge, il fut sanctionné pour avoir demandé pourquoi Jésus est représenté en Blanc et le diable en Noir. Cette symbolique « lugubre et morbide » finit par ancrer l’idée que le Noir est « à la traîne du monde » et que sa couleur est une « preuve de la condamnation au rôle inférieur ».
« Le renvoi de tout ce qui est échec, effrayant, lugubre, et morbide à la couleur noire, a fini par construire dans la psychologie collective, l’idée de la malédiction de la race. […] Le Noir, pour n’avoir pas inventé le christianisme, pour n’avoir pas inventé l’islam ni aucune autre religion d’ampleur universelle, s’est rangé à la traîne du monde et a relégué ses propres couleurs ou sa couleur au rang de la honte, de la malédiction. »
Mettre fin à la “caution blanche” dans les milieux universitaires
Même nos intellectuels les plus brillants souffrent de ce complexe. Les sources révèlent une tendance troublante : les universitaires africains estiment que pour valoriser leurs travaux, ils doivent « citer abondamment des spécialistes européens et américains ». Au lieu de se soutenir mutuellement, ils cherchent des « grands noms d’Européens pour préfacer les ouvrages », ignorant les scientifiques locaux pourtant qualifiés.
« Le complexe d’infériorité des Noirs d’Afrique est franchement sans limites et l’état de domination politique et économique n’en est que la conséquence et non pas la cause comme certains esprits tenteraient de proclamer. […] Si en dernier ressort, c’est la peau blanche qui plaît au Noir, les cheveux des Blancs que les Noirs adorent et la caution des Blancs que les intellectuels noirs recherchent, autant se ranger à la conclusion selon laquelle, l’esclavage et la colonisation ne furent que des découvertes heureuses pour des gens qui avaient mal à leur peau et doutaient de leur propre valeur. »
Cette servitude intellectuelle est l’un des freins majeurs à notre développement. Découvrez dans mon résumé PDF et ma vidéo sur l’inadaptation des systèmes éducatifs comment nous pouvons réclamer notre souveraineté intellectuelle.
Restaurer l’identité par-delà l’usurpation des noms
Enfin, le complexe d’infériorité s’immisce jusque dans l’intimité de nos familles. Shanda Tonme dénonce le « vrai drame » et la « catastrophe culturelle » des parents qui affublent leurs enfants de noms européens comme « Mitterrand » ou « Giscard » sans en comprendre la portée. C’est une « dépersonnalisation identitaire » flagrante : nous nous parons des bijoux d’autrui pour essayer d’entrer de force dans une histoire qui ne nous reconnaît pas.
« Derrière des apparences anodines, c’est un vrai drame, un échec anthropologique et une catastrophe culturelle qui se manifestent dans la décision d’un parent de donner des noms européens à son enfant. […] D’où vient le problème en réalité, sinon d’une insuffisante affirmation culturelle et d’une dépersonnalisation identitaire ? »
Pour aller plus loin sur la manière dont nos traditions familiales sabotent parfois notre propre patrimoine, je vous suggère de consulter la vidéo et le PDF de synthèse que j’ai préparés sur le sujet.
Le complexe d’infériorité n’est pas une fatalité historique, mais une construction que nous entretenons quotidiennement par nos choix esthétiques, religieux et intellectuels. Tant que nous attendrons de l’Occident qu’il désigne nos maîtres et valide nos beautés, nous resterons des « vaincus désespérés ». La souveraineté ne commence pas au palais présidentiel, elle commence dans le miroir. Nous devons briser ces chaînes invisibles pour devenir enfin des « producteurs et des conducteurs » de notre propre destin.

On peut comparer l’Africain complexé à un héritier d’un palais magnifique qui dormirait sur le trottoir d’en face, les yeux fixés sur la maison de son voisin, persuadé que sa propre demeure est hantée ou sans valeur. Il attend que le voisin lui donne la permission d’entrer chez lui, alors qu’il possède déjà les clés de son propre destin. Il est temps de rentrer à la maison et de réclamer notre héritage.
2. Sortir de l’obscurantisme pour embrasser la pensée logique
Réapprendre la pensée logique pour briser l’aliénation culturelle
L’Afrique noire, et plus particulièrement l’espace francophone dont le Cameroun fait partie, subit depuis trop longtemps une forme de « colonisation génétique » qui entrave sa marche vers le progrès. Au-delà du pillage économique, c’est une véritable arriération mentale qui s’est installée, alimentée par un rejet systématique de la rationalité au profit de l’irrationnel. Pour se responsabiliser et sortir de cette impasse, il est impératif d’opérer une rupture avec les traditions obscurantistes afin d’embrasser enfin la pensée logique. Voici cinq points cruciaux, tirés de l’œuvre de Jean-Claude Shanda Tonme, pour conscientiser les populations et renverser le narratif de la dépendance.
Le rejet de la rationalité scientifique
L’un des freins les plus puissants au développement de l’Afrique est l’abandon de la logique au profit d’un univers de peurs invisibles. Ce déni de la démarche scientifique pousse les individus, y compris les plus instruits, à chercher des explications mystiques à des phénomènes purement matériels. Tant que la société privilégiera le secret et la suspicion sur l’analyse et la preuve, elle restera prisonnière d’un « suivisme d’esclaves ».
« L’Africain au Sud du Sahara vit complètement tourné vers des ombres, des visions et des supputations hallucinantes qui l’enferment dans une méfiance permanente et le rejet de toute démarche logique. La veille des concours et examens est une occasion propice pour enrichir marabouts, sorciers et guérisseurs dont certains ont pour tout remède, une habileté manipulatoire capable de détruire psychologiquement leur semblable. »
Pour approfondir cette analyse sur la déconnexion entre croyances et progrès, je vous renvoie vers le résumé PDF de ce livre que j’ai réalisé, ainsi que vers la vidéo explicative qui illustre comment cette mentalité bloque l’initiative individuelle.
La paranoïa face à la mort et à l’échec
Dans nos sociétés, la mort naturelle est devenue un concept étranger. Chaque décès, chaque licenciement ou chaque échec personnel est immédiatement attribué à la « jalousie » ou à la « sorcellerie » d’un tiers. Cette perversion culturelle détruit la cohésion sociale et empêche toute autocritique nécessaire à l’amélioration de soi.
« En Afrique noire, on admet rarement l’idée d’une mort naturelle. Chaque décès est provoqué directement ou indirectement par quelqu’un. Les ravages que cette perversion entraîne sont indescriptibles. Un mort entraîne, dans au moins cinquante pour cent des cas, un autre mort voire d’autres morts. »
Cette haine tenace basée sur des accusations infondées est un poison pour le génie national. N’hésitez pas à consulter mon résumé PDF et sa vidéo associée pour comprendre comment cette paranoïa institutionnalisée sert les intérêts des régimes autocratiques.
L’impact dévastateur sur la santé publique
L’obscurantisme n’est pas qu’une vue de l’esprit, il tue. Le recours excessif à une « médecine hasardeuse » et le manque de confiance dans la médecine moderne ont aggravé les crises sanitaires, notamment celle du VIH-SIDA. La honte et le secret poussent les populations à déserter les hôpitaux pour se livrer à des charlatans, compromettant ainsi des protocoles de soins pourtant efficaces.
« Les ravages engendrés par les pathologies liées au VIH-SIDA sont en grande partie dus au manque de confiance dans la médecine moderne et au recours excessif à des croyances mystiques dévoyées. […] Trop de malades préfèrent, soit s’abandonner à la mort sous le fallacieux prétexte qu’ils sont victimes de la sorcellerie, soit déserter les hôpitaux pour aller se livrer à des sorciers. »
Le contraste entre mysticisme et illusionnisme
L’auteur souligne la différence fondamentale de perception entre l’Afrique et l’Occident face à des mises en scène mystérieuses. Là où l’Africain voit une transcendance divine ou magique (comme dans le cas du Vaudou au Bénin), l’Occidental y voit un métier d’illusionniste basé sur la dextérité. Sortir de l’obscurantisme signifie comprendre que ce que nous percevons comme « surhumain » n’est souvent qu’une ruse habile destinée à nous embrigader.
« D’un côté, il y a donc l’Afrique, faisant de quelques montages intelligents une science absolue, et de l’autre l’Occident, ramenant ce genre de théâtre public à une banale mais respectable entreprise d’artistes entraînés qui en ont sans doute fait un métier. »
Pour déconstruire ces mécanismes de contrôle de la société par le mystère, vous pouvez vous référer à mon résumé PDF ainsi qu’à la vidéo thématique qui analyse ce chapitre sur l’illusion de la puissance mystique.
Assumer la responsabilité de notre retard
Enfin, embrasser la pensée logique demande d’arrêter de se réfugier derrière l’argument « obsolète » du mal venu de l’étranger. Si la colonisation a fait des dégâts, notre passivité chronique et notre démission collective face aux dictatures et aux tares culturelles sont les causes réelles de notre défaite actuelle. Seule une révolution morale et mentale permettra de transformer l’Afrique en décideur et producteur.
« Si les certitudes de notre défaillance globale naissent des avatars de notre culture, les tentations de pérennisation des dictatures elles, résultent de notre démission collective et de notre passivité chronique. Ce n’est ni la faute d’un demi-millénaire d’esclavage, ni la faute d’un siècle de colonisation… L’Afrique noire est congénitalement malade, indolente. »
La sortie de l’obscurantisme est une urgence impérieuse. Elle demande le courage de l’autocritique et la fin de la « religion des vaincus ». En adoptant une pensée logique, l’Africain pourra enfin réclamer sa place de conducteur dans l’humanité.
3. Rejeter la psychologie de l’aide et l’anesthésie internationale

L’un des obstacles les plus sournois au développement de l’Afrique noire, et particulièrement dans l’espace francophone, n’est pas le manque de ressources, mais une pathologie mentale que Jean-Claude Shanda Tonme identifie comme le syndrome de l’éternel assisté. Cette mentalité, ancrée dans un subconscient encore marqué par le traumatisme de l’esclavage, a fini par convaincre les populations et leurs dirigeants que le reste du monde a une obligation morale et financière permanente envers le continent. Pourtant, cette perfusion permanente de capitaux et de “dons” n’est pas un remède ; elle agit comme un anesthésiant qui paralyse la créativité locale et déresponsabilise les élites. Pour retrouver notre dignité, il est impératif de rejeter cette psychologie de la mendicité et de comprendre que l’aide, loin d’être un moteur, est souvent le “poison” qui maintient l’Afrique dans une enfance éternelle.
Le syndrome de l’éternel assisté : un héritage de l’esclavage
Le premier pilier de cette aliénation est la croyance que l’Afrique mérite l’aide à cause du pillage historique de ses ressources. Bien que le pillage colonial soit une réalité historique, l’auteur souligne que l’utiliser comme justificatif éternel pour nos carences actuelles est une erreur stratégique majeure. Cette psychologie transforme l’Africain en un “animal étourdi” tenu en laisse par ses bienfaiteurs, incapable de se projeter par ses propres forces.
« Il y a toutes les raisons aujourd’hui de croire que l’Africain noir qui ne parvient toujours pas à se débarrasser du syndrome de l’esclave, s’est laissé trahir par un autre syndrome, celui de l’éternel assisté qui de surcroît, devrait recevoir des aides à l’infini. Tout concourt dans ces pays au Sud du Sahara, à faire avaliser des plus petits aux plus grands, des instruits aux analphabètes, des jeunes aux personnes âgées, que les autres peuples, les autres nations ou les autres continents seraient obligés d’aider l’Afrique. »
Cette posture victimaire empêche toute introspection réelle. Tant que nous crierons que “les Européens ont l’obligation de nous aider”, nous resterons dans une position de subordination psychologique. Pour comprendre comment ce complexe d’infériorité sabote nos économies, je vous invite à consulter mon résumé PDF ainsi que la vidéo dédiée à ce chapitre.
L’anesthésie internationale : la mort de la créativité
L’aide internationale ne se contente pas de boucher les trous budgétaires ; elle joue un rôle destructeur en réduisant les Africains à de simples spectateurs du développement de leur propre terre. Dans de nombreux pays, les grands travaux (routes, ponts, barrages) ne sont plus pensés par les génies locaux, mais attendus comme des “fruits de la coopération”. Cette situation crée une négation des capacités d’imagination et d’expertise des cadres nationaux.
« L’aide dont il est d’ailleurs question joue dorénavant un rôle anesthésiant, réduisant les Africains à de simples contemplateurs des fruits du travail des autres, et les mettant dans l’état de négation de leurs propres richesses et de leurs propres capacités de créativité, d’imagination et d’expertise. »
Lorsqu’un peuple cesse de construire pour lui-même, il perd le contrôle de son destin. L’aide devient alors une drogue qui masque la douleur de la pauvreté sans jamais en traiter la cause : l’absence de production réelle.
Le paradoxe des élites : mendier pour mieux piller
L’un des aspects les plus révoltants décrits par Shanda Tonme est l’hypocrisie des dirigeants africains. Tandis qu’ils organisent des cérémonies pompeuses pour remercier un donateur étranger d’un don dérisoire de quelques milliers d’euros, ils dépensent simultanément des millions pour leur luxe personnel. L’aide sert souvent de paravent pour masquer le vol massif des ressources publiques opéré par les élites locales.
« On ne compte plus la fréquence de ce genre de paradoxe qui laisse interrogatif sur les perspectives d’émancipation réelle et totale de l’Afrique d’une part, et sur l’existence d’une volonté honnête et engagée des partenaires extérieurs… Il ne faut surtout pas être surpris que le ministre ou le haut responsable du gouvernement qui a présidé les cérémonies pompeuses de remise d’un don d’un million de francs CFA, lorsqu’il rejoint son bureau après, s’occupe à confirmer une commande de matériels ou de meubles de plusieurs dizaines de millions à Dubaï ou à Londres pour sa nouvelle résidence en finition. »
L’auteur raconte même avoir vu, dans un vol vers l’Europe, l’ambassadeur d’une grande puissance donatrice voyager en classe économique pendant que le ministre africain récipiendaire de l’aide se prélassait en première classe. Cette gestion prédatrice est détaillée dans mon résumé PDF et ma vidéo sur la faillite des élites.
La “culture du don” : une recolonisation symbolique
L’aide internationale s’accompagne d’un marquage territorial humiliant. Partout en Afrique, des plaques indiquent “Don de la coopération chinoise” ou “Financement de l’Union Européenne” sur la moindre petite case ou centre de santé. Ce spectacle permanent convainc les populations que sans l’étranger, c’est la mort assurée. C’est une stratégie de “recolonisation par l’aide” qui maintient l’Africain dans un état d’enfance prolongée, attendant ses “bonbons” de la part du maître.
« Les capitales africaines sont inondées de véhicules, de petites cases de rien du tout, de centres de santé, de ci et de ça portant des inscriptions suivantes : don de la coopération chinoise ; projet tel et tel ; financement tel, tel, tel… Le comble c’est que pour une aide d’un million de francs CFA, à peine mille cinq cent euros, des cérémonies sont organisées, des discours fusent, des remerciements à n’en jamais finir… »
Cette mise en scène empêche les citoyens de demander des comptes à leurs propres gouvernants sur l’utilisation des budgets nationaux. Pour découvrir comment renverser cette dépendance symbolique, référez-vous à mon résumé PDF et à la vidéo explicative.
L’appel à la dignité : “Laissez-nous crever”
Pour sortir de ce cercle vicieux, l’auteur cite l’ouvrage provocateur d’Etienne de Tayo : Pour la dignité de l’Afrique, laissez-nous crever. L’idée est radicale mais nécessaire : il faut stopper le cirque de la coopération-soumission pour forcer l’Afrique à se confronter à ses propres réalités. Tant que le G8 soutiendra l’Afrique “comme la corde soutient le pendu”, aucune révolution technologique ou morale ne sera possible.
« Cette approche très critique mais programmatique, est encore plus étoffée voire tout simplement révolutionnaire dans un livre au titre fort évocateur, Pour la dignité de l’Afrique, laissez-nous crever, du journaliste camerounais Etienne de Tayo… Pour les dirigeants du G8, le NEPAD est un acte de soumission et une acceptation par les Etats africains, de la domination du modèle de développement occidental, une adhésion sans réserve au consensus de Washington. »
La véritable indépendance ne viendra pas d’un partenariat-égalité illusoire avec des puissances qui défendent leurs intérêts, mais d’une “coopération citoyenne” et d’un travail acharné sur le terrain.
Rejeter la psychologie de l’aide, c’est accepter de grandir. L’Afrique possède les richesses de son sol et de son sous-sol, mais elle manque cruellement de l’orgueil nécessaire pour les transformer par elle-même. Nous devons cesser d’être les “nains sans jambes” courant après les jouissances technologiques de l’Occident sans en maîtriser la production. La dignité africaine ne se négocie pas dans les sommets du G20 à travers des complaintes ; elle se construit dans nos laboratoires, nos écoles et nos usines. Il est temps de fermer la porte à “l’aide empoisonnée” pour enfin apprendre, par nous-mêmes, à bien faire.
4. Réformer un système éducatif qui forme des “mercenaires”
Transformer l’école pour bâtir des citoyens et non des prédateurs
L’école en Afrique noire, et particulièrement dans l’espace francophone comme au Cameroun, traverse une crise de sens qui dépasse largement le simple manque d’infrastructures. Elle est devenue, selon les analyses de Jean-Claude Shanda Tonme, une machine à reproduire l’aliénation et à fabriquer des individus déconnectés des réalités de leur sol. Au lieu de forger des consciences citoyennes capables de porter le développement, le système actuel produit des « mercenaires » dont l’unique boussole est le gain matériel immédiat et l’influence sociale. Pour sortir de cette « arriération », il est impératif de déconstruire ce modèle mercantile et de réorienter radicalement les fondements de notre enseignement.
En finir avec le mercantilisme scolaire et la fabrique de mercenaires
Le premier mal de l’éducation africaine réside dans la perception que les parents et les élèves s’en font : elle n’est plus un lieu de savoir, mais un investissement pour accéder au pillage des ressources publiques. L’école est perçue comme un moyen de « gagner beaucoup d’argent », transformant le temple du savoir en une « foire aux prostitués et aux proxénètes ». Ce système ne produit pas des bâtisseurs, mais des cadres extravertis prêts à tout pour entretenir un luxe insolent.
« Le résultat est simple à percevoir : en Afrique on ne forme pas des citoyens, mais des mercenaires, des irresponsables ou mieux, des cadres complètement extravertis, tournés vers un luxe distant, et voués à la concussion. Il n’est dès lors pas surprenant que les jeunes diplômés au chômage, s’estiment pris au piège et expriment une insatisfaction et une déception à la hauteur de leurs premières turpitudes et de l’inadaptation des programmes. »
Cette mentalité de « mercenaire » explique pourquoi tant de diplômés se sentent trahis lorsqu’ils ne parviennent pas à intégrer les cercles de la corruption d’État. Pour comprendre les racines de cette déviation morale, je vous renvoie vers mon résumé PDF de cet ouvrage et vers la vidéo explicative qui traite de l’immoralité comme référence sociale.
Rompre avec l’inadaptation chronique et le plagiat colonial
L’Afrique continue de copier « bêtement » les réformes venues d’Europe ou des États-Unis, sans tenir compte de ses besoins endogènes. Il existe une déconnexion totale entre les programmes enseignés et les nécessités de base du pays, comme l’accès à l’eau, à l’énergie ou à la transformation agricole. On forme des têtes pleines de théories importées, incapables de résoudre les problèmes de leur propre village.
« La majorité des responsables africains de l’éducation, est incapable de dire sur quelles bases, quelles éthiques et quelles orientations, l’encadrement, la formation, et l’émancipation des élèves et étudiants sont assurés. L’Afrique cherche encore sa voix, et peut-être qu’elle ne cherche même rien du tout, se contentant de reproduire ce qui lui vient des autres, ou de continuer tranquillement ce que la colonisation lui a laissé. »
Le système éducatif est resté figé dans une logique coloniale de formation de « commis » plutôt que de créateurs. Consultez mon résumé PDF et ma vidéo sur l’inadaptation des systèmes éducatifs pour découvrir comment nous pouvons enfin intégrer des facteurs locaux dans nos programmes.
Sortir du cycle des “universités coquilles vides” et de l’absence de recherche
Une université sans recherche est un corps sans âme. Or, en Afrique, les facultés sont souvent dépourvues de laboratoires, d’équipements modernes et d’une véritable politique de publication scientifique. Les enseignants, souvent découragés par des conditions de vie précaires, délaissent leurs cours pour la paperasse administrative ou le confort des cabinets ministériels, laissant les étudiants dans un naufrage intellectuel.
« Les chaires des facultés sont en conséquence désertées et les étudiants abandonnés à eux-mêmes ou limités à quelques heures de cours. […] C’est le cercle vicieux de l’irresponsabilité des gouvernants, l’absence d’incitations pour la recherche, le découragement des enseignants, la formation au rabais, la déroute des étudiants, et la décrépitude subséquente du système. »
Sans une collaboration étroite entre l’école et l’entreprise, le diplôme reste un parchemin inutile. Je vous invite à regarder ma vidéo thématique et à lire le PDF de synthèse pour comprendre l’urgence de financer la recherche locale plutôt que d’attendre les découvertes des autres.
Dénoncer l’hypocrisie des élites et l’éducation censitaire
Le crime parfait contre l’éducation africaine est commis par ceux-là mêmes qui dirigent le système. Les dirigeants détruisent l’école publique par négligence et corruption, tout en envoyant leurs propres enfants étudier dans les universités prestigieuses en Occident avec l’argent détourné. Cela crée une « éducation censitaire » où seuls les fils de riches accèdent à une formation de qualité, souvent pour ne jamais revenir servir leur pays.
« Ceux-là mêmes qui tuent la recherche, clochardisent les enseignants et réduisent l’université à une coquille vide, s’empressent d’envoyer leurs enfants loin à l’étranger. Et comme un crime ne vient jamais sans conséquences collatérales, le pillage des caisses de l’Etat, la corruption et les détournements massifs, servent à financer les séjours dorés de ces étudiants spéciaux dans les grandes métropoles européennes et américaines. »
Cette désertion des élites prouve qu’elles ne croient pas elles-mêmes au système qu’elles imposent au peuple. C’est une trahison historique qui sacrifie le patrimoine humain du continent.
Restaurer le mérite contre le sectarisme et le tribalisme
Enfin, la réforme du système passe par le retour du mérite. Aujourd’hui, même le recrutement des conseillers d’orientation est entaché par le clientélisme, le subjectivisme et le tribalisme. On privilégie les « frères du village » ou les proches du pouvoir au détriment des compétences réelles, ce qui achève de clochardiser l’administration et les structures de formation.
« On a vu apparaître dans quelques écoles de formation des formateurs, une filière de conseiller d’orientation, mais en lieu et place d’une sélection rigoureuse et d’un entraînement scientifique, on a privilégié le subjectivisme, la corruption, la discrimination et le tribalisme dans le choix des futurs cadres d’orientation. Finalement on a plutôt saisi l’occasion […] pour recruter massivement des enfants de riches, des amis, des frères et des sœurs qui croupissaient au chômage. »
Réformer l’éducation en Afrique n’est pas une option, c’est une question de survie. Nous devons passer d’une éducation de la « recherche frénétique de l’avoir » à une culture du travail, de la performance et de la dignité. Il est temps de fermer la parenthèse des « mercenaires » pour former des citoyens qui aiment leur pays plus que le luxe étranger. La véritable souveraineté commence sur les bancs de l’école, avec des programmes qui célèbrent notre génie et répondent à nos défis.
5. Assumer notre responsabilité et refuser la “désertion”

Après avoir exploré les failles de nos systèmes éducatifs et les pièges de l’aide internationale, nous arrivons au cœur du problème : l’individu africain face à son propre destin. Jean-Claude Shanda Tonme nous confronte à une vérité brutale : la plus grande menace pour le continent n’est plus l’oppresseur extérieur, mais notre propre propension à la « désertion ». Que ce soit par l’exode massif de nos cerveaux ou par la passivité devant les dictatures, nous avons érigé la démission en mode de survie. Pour reconquérir notre souveraineté, il est impératif de cesser de fuir et de commencer à assumer la charge de notre propre terre.
Le drame de l’expatriation : une démission déguisée
De plus en plus de familles africaines, y compris les élites, investissent des fortunes pour envoyer leurs enfants à l’étranger. Si ce choix semble pragmatique, il cache souvent un renoncement profond à construire sur place. Shanda Tonme qualifie cet acte de trahison envers le patrimoine familial et national, car il vide l’Afrique de sa force vive pour alimenter la globalisation occidentale.
« De plus en plus de parents africains ont choisi d’envoyer leurs enfants à l’extérieur sans mesurer les conséquences réelles pour la survie de la famille. […] Il s’agit d’une forme de démission associée à un égoïsme et une inconscience des plus condamnables. »,
Ceux qui partent pour ne jamais revenir condamnent leurs parents à une solitude amère et leurs nations à une stagnation éternelle. Pour comprendre comment ce “sacrifice” humain profite aux autres puissances, je vous invite à consulter mon résumé PDF ainsi que la vidéo explicative sur ce chapitre.
Le patrimoine sacrifié sur l’autel de la globalisation
L’Afrique disperse ses compétences aux quatre coins du monde. Si l’on chiffrait la valeur intellectuelle et technique de la diaspora, elle représenterait une puissance mondiale. Pourtant, cette richesse est « diluée » et profite à des systèmes qui ne reconnaissent pas l’Afrique à sa juste valeur.
« S’il arrivait à quelqu’un d’évaluer ou de transformer en capitalisation boursière la somme des compétences africaines dispersées à travers le monde, il y a fort à parier que cela représenterait une force de frappe industrielle, financière et technologique suffisante pour prendre le contrôle de plusieurs multinationales de premier plan. Voilà un énorme patrimoine sacrifié, dilué dans les arcanes tentaculaires d’une globalisation qui ne procure pas tout le bonheur mérité ou attendu à l’Afrique. »
Briser l’alibi colonial : l’urgence de l’autocritique
La conclusion de l’ouvrage est un appel électrochoc. L’auteur refuse que nous continuions à nous cacher derrière l’esclavage ou la colonisation pour justifier nos échecs actuels. La « défaite » de l’Afrique est avant tout le résultat d’une passivité face aux tyrans et d’une indolence culturelle qu’il faut extirper.
« Si les certitudes de notre défaillance globale naissent des avatars de notre culture, les tentations de pérennisation des dictatures elles, résultent de notre démission collective et de notre passivité chronique. Ce n’est ni la faute d’un demi-millénaire d’esclavage, ni la faute d’un siècle de colonisation… L’Afrique noire est congénitalement malade, indolente. »
Assumer notre responsabilité signifie refuser d’être de simples « consommateurs » ou « spectateurs » de l’humanité. Nous devons passer à l’action, car aucune révolution ne sera productive si elle n’émane pas d’une société civile courageuse et engagée.
On peut comparer l’Afrique à un propriétaire de terrain fertile qui passerait ses journées à mendier du pain chez son voisin, tout en envoyant ses enfants labourer le champ de ce même voisin. Pour que le pain ne manque plus, il faut que les enfants reviennent et que le propriétaire reprenne sa houe. La terre ne trahit jamais celui qui décide de ne plus la déserter.
Conclusion
En conclusion, le mal qui ronge l’Afrique noire est culturel et psychologique avant d’être économique. La décolonisation des gènes passe par l’abandon des traditions obscurantistes, le refus de la mendicité internationale et la célébration du mérite réel. Il ne s’agit pas de “renaître” dans un passé mythique, mais de s’adapter avec orgueil et pragmatisme aux exigences du progrès universel. La liberté a un prix : celui du sacrifice, de l’abnégation et de la fin de la passivité chronique.
Soyez Différent et rendez-vous au prochain article.