7 Clés pour Décoloniser nos Gènes

Sortir de l’impasse : Pourquoi l’Afrique doit réinventer son éducation pour ne pas mourir

Introduction

L’Afrique, et singulièrement l’Afrique francophone, traverse une crise de civilisation sans précédent. Derrière les statistiques de croissance et les discours de modernité, se cache une blessure profonde, une « anémie » qui ronge la vitalité de nos peuples. Nous avons été conditionnés à croire que notre salut résidait dans l’imitation servile du modèle occidental, un modèle imposé par le fer de la colonisation et maintenu aujourd’hui par le velours des médias et d’une école déconnectée du réel.

Le Cameroun, comme ses voisins, subit encore les contrecoups d’une scolarisation conçue non pour libérer, mais pour domestiquer. Joseph Ki-Zerbo, premier agrégé d’histoire d’Afrique noire, nous a laissé un testament intellectuel puissant dans son ouvrage Éduquer ou périr. Cet article est de ma part un manifeste pour la reconquête de notre souveraineté mentale. Il s’agit de comprendre que si nous ne changeons pas radicalement notre manière de former nos enfants, nous condamnons nos nations à n’être que des « articles non cotés » sur le marché du monde.

Comme j’ai à le répété, l’ayant pris de John Locke :

C’est l’éducation qui fait la différence entre les hommes.

Si nous voulons que notre chère Afrique puisse sortir de la misère à laquelle l’élite de la finance maléfique mondial l’a confiné, nous avons intérêt à revisiter la qualité de l’éducation que nous donnons à la génération qui nous survivra. Et puisque nous ne pouvons pas attendre que les gouvernement se réveillent parce qu’eux-mêmes sont enchainés, nous devons commencer dans nos maisons, par nos propres enfants.


1. La vérité sur l’école coloniale : Un outil de domestication

Le premier pas vers la libération est de déconstruire le mythe de l’école « civilisatrice ». L’école n’a pas été introduite en Afrique pour le bien-être des populations, mais comme un rouage essentiel de la machine coloniale.

Extrait textuel :

« […] cette école était un sous-système du système global de domestication de l’Afrique. Le ministre français des colonies, Albert Sarraut, l’énonce clairement : “Instruire les indigènes est assurément notre devoir. Mais ce devoir s’accorde de surcroît avec nos intérêts économiques, administratifs, militaires et politiques les plus évidents.” » (Page 22, paragraphe 1).

Nous devons réaliser que le système dont nous avons hérité n’a jamais eu pour vocation de créer des inventeurs ou des entrepreneurs fiers de leur culture, mais des collaborateurs dociles. Aujourd’hui encore, l’école officielle continue de fonctionner sur cette logique de reproduction d’une élite coupée de ses racines.

2. Le savoir « lié » contre la dictature du papier

Dans l’Afrique précoloniale, l’éducation n’était pas un moment séparé de la vie. On n’apprenait pas pour obtenir un morceau de papier, mais pour être utile à la communauté.

Extrait textuel :

« De nombreux avantages sont par contre à récupérer dans cette éducation ; on peut les résumer en disant que le savoir inculqué était un savoir lié. Liaison des connaissances générales à la pratique loin de toute dichotomie ; c’est par le truchement des exercices pratiques que les savoirs étaient inculqués. » (Page 48, paragraphe 6).

Pour approfondir cette notion de savoir lié, je vous invite à consulter le résumé PDF de ce livre que j’ai réalisé ainsi que sa vidéo, qui expliquent comment nos ancêtres mariaient la théorie et la pratique sans aucune distinction dégradante entre le travail manuel et le travail intellectuel.

3. Le bombardement médiatique : La drogue douce de l’aliénation

Si l’école domestique, les médias occidentaux achèvent le travail d’endoctrinement. Nous vivons sous un déluge d’images qui nous apprennent à nous détester et à désirer ce qui nous détruit.

Extrait textuel :

« En face du grand écran de la ville, il y a désormais le petit écran qui est une grande école dans la mesure où la télé-dépendance est un processus socio-culturel massif et silencieux : drogue combien douce mais combien subversive. » (Page 58, paragraphe 2).

Ki-Zerbo nous avertit : à force de nous voir à travers l’image que les autres donnent de nous, nous finissons par devenir l’image de notre image dans la rétine des autres. C’est une forme de suicide culturel où l’Africain devient un consommateur passif, incapable d’imaginer son propre destin.

4. L’école actuelle : Une usine à fabriquer des chômeurs

Le narratif occidental prétend que plus on scolarise, plus on développe. C’est un mensonge statistique. Notre école actuelle est un « gouffre budgétaire » qui produit des inadaptés sociaux.

Extrait textuel :

« Le système éducatif africain qui manufacture les chômeurs tient, parce qu’il est impensable qu’un État n’assure pas la formation de ses citoyens… Des diplômés d’enseignement supérieur fabriquent des briques en terre à vendre pour survivre… Cela montre cruellement la dichotomie schizophrénique qui sépare l’école africaine actuelle des structures économiques et sociales réelles. » (Page 64, paragraphe 2).

Cette réalité est le fruit d’un système qui a « désappris à produire » pour ne plus apprendre qu’à consommer. Pour comprendre l’urgence de briser cette machine à exclure, référez-vous à mon résumé PDF et à la vidéo dédiée, qui détaillent les mécanismes de cette inefficacité structurelle.

5. L’école « unijambiste » et l’accélération du déracinement

L’école actuelle agit comme un acide qui dissout le lien entre l’enfant et sa terre. Elle crée des êtres hybrides, incapables de vivre au village et mal à l’aise en ville.

Extrait textuel :

« C’est ce mixte inextricable qu’il s’agit d’assumer dans sa totalité et non pas dans une de ses composantes seulement… C’est en procédant ainsi qu’on aboutit à l’école unijambiste que nous connaissons ; école borgne et bancale parce qu’elle ne prend en compte qu’une portion de la réalité… même une école qui avait été programmée pour attacher les enfants à leur terroir se transformait en structure d’accélération du déracinement. » (Page 79, paragraphe 2).

Tant que nos programmes (histoire, géographie, sciences) ignoreront le patrimoine africain, nos écoles resteront des « structures de déracinement ».

6. La langue maternelle : Le seul chemin vers le génie

L’une des plus grandes victoires de la colonisation a été de nous faire croire que nos langues étaient inaptes à la science. C’est l’obstacle majeur à notre créativité.

Extrait textuel :

« L’introduction des langues africaines suffit à elle seule pour transformer le système de l’éducation de base ; car ce sont ces mêmes langues qui sont utilisées dans le domaine extra-scolaire de l’éducation… L’introduction de la langue africaine dans l’enseignement n’est pas “une simple substitution d’un véhicule linguistique à un autre, mais un bouleversement psychologique et culturel majeur fondé sur les exigences fondamentales des gens”. » (Page 103, paragraphe 2).

Comme je l’explique dans le résumé PDF et la vidéo de cet ouvrage, la langue n’est pas qu’un outil de communication, c’est le logiciel de notre pensée. Sans elle, nous restons condamnés à une mémorisation « psittacique » (comme des perroquets) de concepts étrangers.

7. « L’homme naît Nous » : Retrouver nos valeurs motrices

La colonisation a injecté l’individualisme sauvage dans nos gènes sociaux via la compétition scolaire (« mon rang », « ma note »). Il est temps de revenir à la solidarité africaine.

Extrait textuel :

« “L’homme naît nous et pas seulement moi”. Nous avons vu comment cette valeur est combattue par l’école actuelle. L’interdépendance qu’on invoque très souvent aujourd’hui couvre le terrain de la “coopération” internationale où les intérêts sont rois. » (Page 115, paragraphe 2).

L’éducation nouvelle doit être une initiation permanente. Contrairement aux animaux, l’être humain ne naît pas tout fait ; il se construit par l’éducation, qui doit être immanente à sa culture.

Conclusion

Sortir de la colonisation mentale n’est pas un choix, c’est une question de survie. Joseph Ki-Zerbo nous a montré la voie : nous devons africaniser nos systèmes, améliorer nos performances et généraliser une éducation qui mette « l’homme debout ». Le Cameroun et toute l’Afrique francophone doivent cesser de quémander des modèles à ceux qui nous ont asservis. Notre richesse n’est pas seulement sous notre sol, elle est dans notre capacité à redevenir des producteurs d’imagination.

L’heure est non seulement à la responsabilité collective en tant que peuple d’Afrique, mais surtout à la Responsabilité Individuelle en tant que parent. Ne soyons plus des « gens du papier », mais des bâtisseurs de destinés.

Soyez Différent et rendez-vous au prochain article.

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