Briser les chaînes mentales pour un avenir souverain
Introduction
Depuis des décennies, le discours dominant sur le sous-développement de l’Afrique francophone, et du Cameroun en particulier, s’est enfermé dans un catalogue de causes extérieures. On nous a enseigné que notre retard était le fruit exclusif de la colonisation, de l’impérialisme et d’un complot international permanent. Si ces faits historiques sont réels, Axelle Kabou, dans son ouvrage courageux Et si l’Afrique refusait le développement ?, vient briser ce miroir aux alouettes.
Elle pose une question qui fâche : et si, derrière nos plaintes, se cachait une volonté inconsciente de stagner ? Et si nous utilisions notre passé comme un paravent pour éviter d’affronter les exigences de la modernité ? Cet article explore les piliers de cette “colonisation génétique” qui nous paralyse et propose des pistes pour une décolonisation mentale réelle, fondée sur la rationalité et l’action.
1. La fin du mythe de l’impuissance historique
Le premier verrou à briser est celui de la victimisation systématique. Le narratif occidental, souvent repris par nos propres élites, nous présente comme des êtres incapables d’influer sur le cours de l’histoire. Kabou dénonce ce matraquage qui finit par nous convaincre que nous ne sommes que des spectateurs de notre propre malheur.

Comme le souligne l’auteur en page 19, paragraphe 2 :
« Trente années de désinformation, de matraquage anti-impérialiste… expliquent par conséquent que l’Africain soit totalement incapable de se percevoir comme un être apte à influer sur le cours de sa propre existence. Mieux. La campagne a été si bien menée que l’Afrique est largement persuadée de n’être, en rien, responsable de son sort. »
Pour sortir de cette impasse, il est impératif de comprendre que tout peuple est le premier responsable de son histoire. Blâmer l’étranger pour nos infrastructures défaillantes ou notre corruption endémique en 2024 est une forme de démission. La responsabilité est le premier pas vers la liberté.
2. La science n’est pas « la chose du Blanc »
L’une des plus grandes victoires de l’endoctrinement est d’avoir fait croire aux populations africaines que la rigueur, la technologie et la science étaient des valeurs “occidentales” étrangères à notre culture. En conséquence, nous consommons les objets de la modernité (téléphones, voitures, ordinateurs) tout en rejetant la mentalité scientifique qui les produit.
Le mathématicien Henry Hogbe-Nlend, cité en page 92, paragraphe 4, résume parfaitement ce blocage :
« La science est encore généralement considérée, dans les milieux dominants de la société africaine comme quelque chose de totalement étranger à la culture africaine et non, comme il se doit, comme un patrimoine de toute l’humanité et le fruit des recherches historiques de tous les peuples. »
L’urgence est donc de “déchromatiser” le savoir. La physique, la chimie et l’informatique n’ont pas de couleur. S’approprier ces outils n’est pas “devenir Blanc”, c’est devenir un homme cultivé de son temps. Pour approfondir cette déconstruction nécessaire de nos rapports à la science, je vous invite à consulter mon résumé PDF complet de l’œuvre et à regarder la vidéo d’analyse que j’ai jointe en fin d’article.
3. Le piège du village mythifié
L’élite africaine, souvent formée en Occident, souffre d’un mal étrange : elle refuse le “village réel” (sa précarité, son manque d’hygiène) mais célèbre un “village mythique” idyllique. On invoque les “valeurs ancestrales” pour justifier le refus de méthodes de gestion modernes, tout en vivant dans le luxe urbain.
Axelle Kabou analyse ce phénomène en page 139, paragraphe 2 :
« …plus qu’un lieu physique, le village est une sorte de matrice conceptuelle permettant de fabriquer des programmes éducatifs, des modèles politiques fantaisistes ou des modèles de management destinés à la consommation de l’Afrique actuelle. D’où cette impression de décalage constant entre les exigences actuelles du monde, la situation lamentable de l’Afrique et le comportement rétrograde des Africains. »
Cette idéalisation du passé nous empêche de voir les défis du présent. L’africanisation de l’enseignement s’est souvent résumée à une glorification de héros anciens sans enseigner à la jeunesse comment créer des emplois ou bâtir des industries aujourd’hui. Vous trouverez dans mon résumé PDF une analyse détaillée de la manière dont cette nostalgie bloque nos systèmes éducatifs actuels, ainsi qu’une vidéo explicative sur le concept de “lobotomie culturelle”.
4. L’échec des institutions de façade : le cas de l’OUA

On nous présente souvent l’unité africaine comme un rêve brisé par des forces extérieures. Pourtant, l’étude des chartes et des discours des pères fondateurs montre un refus délibéré de toute solidarité réelle. Les micro-nations ont été préservées car elles servent de “placards à balais” pour des élites soucieuses de leur seul prestige personnel.
Jean Mfoulou, cité en page 187, paragraphe 2, est sans appel :
« Ce qui frappe immédiatement l’esprit à la lecture de la charte de l’OUA… c’est le manque du désir d’une unité véritable — j’oserais même dire, le refus d’une véritable unité — et, par contre, le souci de maintenir la stabilité sinon le statu quo dans les différents États de l’Organisation. »
L’unité ne viendra pas de sommets fastueux mais d’une volonté populaire de briser ces frontières mentales et administratives qui ne profitent qu’à une minorité. L’intégration doit être économique et technique, fondée sur des projets concrets et non sur des discours velléitaires. Découvrez dans la vidéo associée à cet article pourquoi Kabou considère que l’heure n’est plus à “sauver l’OUA”, mais à exiger des résultats concrets pour la jeunesse.
5. L’impératif de la rationalité au XXIe siècle
En conclusion de son analyse, Axelle Kabou nous lance un avertissement qui résonne comme un cri d’alarme. La fête est finie. L’aide étrangère se tarit, les économies s’effondrent sous le poids de la corruption et du manque de productivité. Le temps des “vérités approximatives” et des incantations morales est révolu.
La sentence finale de l’ouvrage, en page 205, paragraphe 1, doit devenir notre leitmotiv :

« La fiction et la réalité se sont si étroitement imbriquées, en trente années de permutations permanentes, que pour voir une amorce de développement en Afrique, il ne faudrait rien moins que commencer par dénouer l’écheveau de mensonges, de vérités approximatives, dans lequel les mentalités se sont empêtrées à force d’évitement. Une telle réévaluation est incontournable : l’Afrique du XXIe siècle sera rationnelle ou ne sera pas. »
Être rationnel, c’est accepter de faire l’inventaire de nos cultures : garder ce qui nous porte vers l’avant (solidarité réelle, créativité) et rejeter fermement ce qui nous tire vers le bas (népotisme, sorcellerie, gaspillage cérémoniel).
Conclusion
Le chemin vers la souveraineté réelle ne passe pas par de nouvelles plaintes contre l’ancien colonisateur, mais par une révolution intérieure. Nous devons cesser d’être des “victimes heureuses” pour devenir des acteurs lucides. La décolonisation génétique commence le jour où l’on décide que notre succès dépend de notre propre travail, de notre propre rigueur et de notre propre capacité à maîtriser les sciences de notre siècle.
Il est temps de scier les barreaux de nos prisons culturelles. Le développement n’est pas un miracle que l’on attend, c’est une culture que l’on bâtit chaque jour par la méthode et la volonté.
Soyez Différent et rendez-vous au prochain article.