Et si l’Afrique refusait le développement ?
Auteure : Axelle Kabou
Éditions L’Harmattan, 1991
🎯 L’idée centrale du livre
Ce livre pose une question volontairement provocatrice :
Et si le principal obstacle au développement de l’Afrique n’était pas extérieur… mais intérieur ?
Axelle Kabou ne nie ni la colonisation, ni l’esclavage, ni les rapports de domination internationaux.
Mais elle affirme que ces explications sont devenues insuffisantes, voire contre-productives, pour comprendre l’Afrique contemporaine.
Son propos est radical pour l’époque (et encore aujourd’hui) :
👉 une partie des élites africaines et des sociétés africaines auraient intégré des mécanismes mentaux, politiques et culturels qui bloquent le développement, tout en continuant à en réclamer les bénéfices.
🧠 Une critique des mythes postcoloniaux
L’autrice s’attaque à plusieurs idées devenues presque sacrées :
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le mythe d’une volonté africaine unanime de développement
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la croyance que l’Afrique est uniquement victime de forces extérieures
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l’idée que tradition = authenticité = progrès alternatif
Selon elle, ces discours servent souvent à :
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masquer l’absence de projet de société clair
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justifier l’irresponsabilité politique
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éviter toute remise en question collective
Elle parle d’un “développement mis en scène” : inaugurations, discours, sommets, statistiques… sans transformation réelle des mentalités ni des structures.
🏛️ Le cœur du problème : les mentalités
Le point le plus sensible du livre est là.
Axelle Kabou soutient que :
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le développement n’est pas qu’économique
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il suppose une rupture mentale
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une vision du futur
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une acceptation de la responsabilité individuelle et collective
Or, selon elle, beaucoup de sociétés africaines post-indépendance :
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refusent la discipline collective
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confondent souveraineté symbolique et efficacité réelle
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préfèrent l’explication victimaire à l’auto-analyse
Elle n’attaque pas « l’Afrique » comme essence, mais un système idéologique post-indépendance.
⚠️ Un livre dérangeant (et volontairement)
Ce livre a été :
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très critiqué
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parfois caricaturé comme “anti-africain”
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souvent mal lu
En réalité, c’est un livre d’amour exigeant, écrit par quelqu’un qui refuse :
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la complaisance
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la posture morale facile
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le confort intellectuel
Il s’inscrit dans une lignée d’auteurs africains iconoclastes, proches par l’esprit de :
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Cheikh Anta Diop (sur la responsabilité historique)
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Albert Memmi (colonisé / post-colonisé)
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plus tard, des penseurs panafricains critiques
👩🏾👧🏾 Pourquoi ce livre est encore actuel
Pour beaucoup de lecteurs aujourd’hui – notamment dans la diaspora – ce livre résonne fortement car il pose des questions concrètes :
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Pourquoi tant de talents quittent-ils le continent ?
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Pourquoi l’école forme-t-elle si peu à l’autonomie ?
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Pourquoi la corruption est-elle tolérée socialement ?
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Pourquoi l’échec collectif est-il si rarement assumé ?
👉 Ce livre oblige à changer de regard, pas seulement sur l’Afrique, mais sur :
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l’éducation
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la responsabilité
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le rapport au pouvoir
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la transmission aux enfants
🧭 Comment lire ce livre intelligemment
Ce n’est ni un livre à idolâtrer, ni à rejeter.
Il faut le lire :
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comme un outil de réflexion
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comme un miroir parfois inconfortable
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en le confrontant à d’autres voix africaines
C’est un livre qui ne donne pas de solutions toutes faites, mais qui force une question essentielle :
Que faisons-nous réellement de notre liberté ?






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