Briser les chaînes du récit occidental : Le guide Rodney pour une Afrique souveraine
Introduction

Pour comprendre pourquoi le Cameroun et l’Afrique francophone semblent aujourd’hui encore prisonniers de structures économiques et mentales qui les desservent, il est impératif de plonger dans les racines de notre histoire commune avec l’Europe. Depuis trop longtemps, les médias et les systèmes éducatifs hérités de la colonisation nous imposent un récit où l’Afrique serait « en retard » par nature, attendant une aide extérieure pour se « développer ». Ce mensonge historique, ancré dans nos gènes par des décennies d’endoctrinement, doit être déconstruit.
C’est ici qu’intervient l’œuvre monumentale de Walter Rodney, Et l’Europe sous-développa l’Afrique. Rodney, historien et militant guyanien, a consacré sa vie à démontrer que l’Afrique ne souffre pas d’un manque de capacités, mais des conséquences d’un sabotage systématique orchestré par le capitalisme occidental. Son livre est une grenade intellectuelle destinée à briser le complexe d’infériorité qui paralyse nos populations. Dans cet article, nous allons explorer cinq idées fondamentales tirées de son analyse pour transformer votre vision du monde et vous redonner les clés de votre propre destin.
1. Le sous-développement n’est pas une étape, c’est une exploitation
La première étape pour se libérer de l’endoctrinement est de redéfinir les mots que nous utilisons. Le terme « sous-développé » n’est pas un diagnostic médical d’une maladie innée de l’Afrique. C’est le résultat d’une relation de prédation. Rodney insiste sur le fait que le développement de l’Europe et le sous-développement de l’Afrique sont les deux faces d’une même pièce capitaliste.
Rodney explique que l’exploitation ne s’arrête pas au vol des ressources ; elle réside dans le fait qu’une nation en utilise une autre comme un satellite pour sa propre croissance. L’auteur le formule ainsi dans le chapitre 1 :
« Un deuxième élément encore plus indispensable du sous-développement moderne est qu’il exprime une relation particulière d’exploitation : à savoir l’exploitation d’un pays par un autre. Tous les pays désignés comme “sous-développés” dans le monde sont exploités par d’autres ; et le sous-développement dont le monde se préoccupe aujourd’hui est un produit de l’exploitation capitaliste, impérialiste et colonialiste. » (Chapitre 1, section 1.2, page 63, paragraphe 2)
En comprenant cela, le citoyen camerounais ou sénégalais réalise que sa pauvreté n’est pas due à un manque d’intelligence ou de travail, mais au fait que le surplus de son labeur et de ses terres est systématiquement exporté pour financer les banques de Paris, Londres ou New York. Le développement africain n’est possible qu’en rompant avec ce système capitaliste international.
2. L’Afrique était à la pointe du progrès avant l’invasion

L’un des plus grands succès de la scolarisation coloniale a été de nous faire croire que nos ancêtres étaient des « primitifs » vivant dans le chaos avant que l’Europe ne nous apporte la « civilisation ». Rodney pulvérise ce mythe en montrant que, jusqu’au XVe siècle, les sociétés africaines se développaient de manière autonome et étaient, à bien des égards, comparables à l’Europe de la Renaissance.
L’Afrique maîtrisait déjà la métallurgie du fer, l’irrigation complexe et des structures étatiques sophistiquées comme celles du Bénin, de l’Éthiopie ou du Grand Zimbabwe. Pour ceux qui doutent de la splendeur de nos cités précoloniales, Rodney cite le témoignage d’un visiteur hollandais à la ville de Bénin :
« La ville semble être très grande. Quand on y entre, on passe dans une grande rue large, non pavée, qui semble être sept ou huit fois plus large que la rue Warmoes à Amsterdam… La ville est composée de trente rues principales, très droites et de 120 pieds de large, sans compter une infinité de petites rues sécantes. Les maisons sont proches les unes des autres, disposées en bon ordre. Ces gens ne sont en rien inférieurs aux Hollandais en ce qui concerne la propreté. » (Chapitre 2, section 2.2, page 215-216, paragraphes 4-5)
Cette vérité est essentielle : nous n’étions pas à la traîne ; nous étions sur notre propre trajectoire de progrès. Pour approfondir cette période glorieuse et comprendre comment cette dynamique a été brisée, je vous invite à consulter le résumé PDF complet de ce livre que j’ai réalisé, ainsi que ma vidéo explicative dédiée au chapitre deux. Vous y verrez que l’écart entre l’Europe et l’Afrique au XVe siècle n’était pas un gouffre technologique, mais une légère différence de dynamique que l’Europe a exploitée par la violence maritime.
3. La traite des esclaves : Le grand sabotage démographique
Le récit occidental minimise souvent l’impact de la traite négrière en parlant simplement de « commerce ». Rodney rétablit la réalité : ce fut un acte de violence sociale pure qui a vidé l’Afrique de sa force créative la plus vitale. En capturant les jeunes de 15 à 35 ans, l’Europe a littéralement volé le futur moteur de l’innovation africaine.
Pendant que la population de l’Europe et de l’Asie explosait, stimulant ainsi leurs économies, l’Afrique est restée stagnante pendant quatre siècles. Rodney analyse cette perte de main-d’œuvre qualifiée :
« La perte massive pour la force de travail africaine a été rendue plus critique parce qu’elle était composée de jeunes hommes et de jeunes femmes valides. Les acheteurs d’esclaves préféraient leurs victimes entre 15 et 35 ans, et de préférence au début de la vingtaine… Ils expédiaient les plus sains partout où c’était possible. » (Chapitre 4, section 4.1, page 275-276, paragraphe 5)
Cet exode forcé n’était pas seulement une tragédie humaine, c’était un calcul économique. En privant l’Afrique de ses bras, l’Europe a empêché la naissance de centres de production locaux qui auraient pu concurrencer ses propres usines naissantes. C’est là que se trouvent les véritables racines du sous-développement : un arrêt brutal de la capacité d’innovation interne.
4. Le colonialisme comme aspirateur de richesses
Le colonialisme n’était pas un système d’assistance, mais un mécanisme d’expatriation massive du surplus africain. Rodney démontre que l’infrastructure coloniale (routes, rails) n’a jamais été construite pour relier les Africains entre eux, mais uniquement pour transporter les matières premières vers la mer.
Même le travail salarié sous la colonisation était une forme de vol. L’auteur explique comment les salaires étaient maintenus à un niveau si bas que l’Africain devait continuer à cultiver sa terre pour ne pas mourir de faim, subventionnant ainsi indirectement les profits des multinationales européennes. Rodney l’écrit sans détour :
« L’employeur sous le colonialisme payait un salaire extrêmement faible – un salaire généralement insuffisant pour maintenir le travailleur physiquement en vie – et, par conséquent, celui-ci devait cultiver de la nourriture pour survivre… Les Européens offraient le salaire le plus bas possible et s’appuyaient sur une législation soutenue par la force pour faire le reste. » (Chapitre 5, section 5.1, page 433, paragraphes 2-3)
C’est grâce à cette surexploitation que des géants comme Unilever ont pu bâtir leurs empires. Pour saisir l’ampleur de ce siphonnage financier et technologique, n’oubliez pas de vous référer au résumé PDF du livre et à ma vidéo qui détaille comment le cuivre et l’uranium africains ont propulsé l’Occident dans l’ère nucléaire et électronique. Le développement de l’Europe s’est littéralement fait au prix de l’atrophie physique et économique de l’Afrique.
5. L’école coloniale : L’arme de destruction mentale

Peut-être le point le plus brûlant pour nous aujourd’hui : l’éducation. Rodney affirme que l’école coloniale n’avait pas pour but de libérer l’esprit de l’Africain, mais de créer une classe d’auxiliaires dociles capables de servir le système capitaliste tout en méprisant leur propre culture.
On nous a enseigné la géographie des Alpes plutôt que celle de l’Atlas, et les noms des rois de France plutôt que ceux de nos propres empereurs. Cette éducation a produit une élite aliénée, déconnectée des masses et incapable de penser un développement autonome. Rodney résume cette tragédie :
« La scolarisation coloniale était une éducation pour la subordination, l’exploitation, la création de confusion mentale et le développement du sous-développement… Elle n’était pas conçue pour donner aux jeunes confiance et fierté en tant que membres des sociétés africaines, mais cherchait à instiller un sentiment de déférence envers tout ce qui était européen et capitaliste. » (Chapitre 6, section 6.3, page 712, paragraphes 1-2)
C’est cette « aliénation » qui fait que, soixante ans après les indépendances, beaucoup cherchent encore la validation à Paris ou Bruxelles. Décoloniser nos gènes signifie d’abord décoloniser nos programmes scolaires et rejeter ce système qui nous apprend à être des « Européens de seconde zone » au lieu de devenir des Africains souverains.
Conclusion
Le livre de Walter Rodney n’est pas seulement une leçon d’histoire ; c’est un manuel de libération. Il nous rappelle que notre état actuel n’est pas le reflet de notre valeur, mais le résultat d’un système de prédation qui dure depuis cinq siècles. Sortir de la colonisation mentale exige de reconnaître ces vérités, de responsabiliser nos leaders et de reprendre le contrôle de notre récit historique. L’Afrique ne se développera pas en suivant les recettes de ceux qui l’ont sous-développée. Elle se développera en puisant dans son propre génie et en brisant définitivement les chaînes de la dépendance.
Soyez Différent et rendez-vous au prochain article.