Décoloniser l’esprit : le secret de Memmi

Comment briser les chaînes invisibles de l’aliénation mentale et culturelle.

Introduction

Dans le tumulte des indépendances africaines et des luttes pour la souveraineté, un ouvrage demeure la boussole incontournable pour quiconque souhaite comprendre les racines de notre malaise identitaire : Portrait du colonisé, précédé du Portrait du colonisateur d’Albert Memmi,. Ce livre, qualifié de « bible de l’anticolonialisme », ne se contente pas de décrire une époque révolue ; il dissèque avec une précision chirurgicale les mécanismes de l’oppression qui, encore aujourd’hui, empoisonnent les consciences en Afrique francophone, du Cameroun au Sénégal.

Le narratif occidental nous a souvent présenté la colonisation comme une mission civilisatrice portée par des pionniers héroïques. Memmi renverse ce décor pour révéler une vérité plus sombre : la colonisation est une machine économique et psychologique qui fabrique des êtres mutilés. Pour sortir de la colonisation que beaucoup portent encore « dans leurs gènes » — cette aliénation qui nous fait admirer l’autre tout en nous méprisant nous-mêmes — il est impératif de comprendre comment nous avons été construits,. Cet article explore sept idées maîtresses de Memmi pour nous aider à reconquérir notre dignité et notre liberté intérieure.


1. La colonisation est une industrie de transformation humaine

La colonisation n’est pas un simple accident de l’histoire ou une occupation militaire temporaire ; c’est un système qui redéfinit l’identité de tous ceux qu’il touche. Selon Memmi, le colonisateur et le colonisé ne préexistent pas à la colonie ; ils sont les produits finis d’une relation de dépendance mutuelle et implacable,.

L’extrait suivant, situé à la page 7, paragraphe 1, résume cette dynamique :

« La colonisation fabrique des colonisés comme elle fabrique des colonisateurs. »

Cette phrase est le point de départ de toute prise de conscience. Le colonisé ne naît pas avec des complexes ; il est « fabriqué » par un environnement qui lui refuse systématiquement la citoyenneté et la responsabilité,. Le colonisateur, lui aussi, est transformé : de simple Européen, il devient un usurpateur qui doit s’inventer des mérites extraordinaires pour justifier ses privilèges illégitimes,. Comprendre que notre identité actuelle est en partie une « fabrication » est la première étape pour décider de ce que nous voulons devenir par nous-mêmes.

2. Le mythe de la paresse : un alibi économique

L’un des endoctrinements les plus tenaces consiste à croire que le retard de l’Afrique serait dû à une nature indolente ou à un manque de rigueur des populations,. Memmi démontre que ce portrait est une pure construction destinée à justifier l’exploitation.

Voyons ce qu’il écrit en page 109, paragraphe 2 :

« Rien ne pourrait mieux légitimer le privilège du colonisateur que son travail ; rien ne pourrait mieux justifier le dénuement du colonisé que son oisiveté. »

En instituant le colonisé comme un être « paresseux » par essence, le colonisateur se donne l’alibi parfait pour verser des salaires dérisoires,. Si le colonisé est pauvre, ce n’est plus parce qu’il est exploité, mais parce qu’il ne travaillerait pas assez. Ce narratif, encore présent dans certains médias occidentaux, vise à maintenir l’opprimé dans un état de culpabilité constante. Pour approfondir ces concepts et voir comment ils s’articulent dans la structure globale du système, je vous invite à consulter mon résumé PDF de ce livre que j’ai réalisé pour vous.

3. L’exclusion de l’Histoire et le vide citoyen

L’endoctrinement passe par la scolarisation au rabais, qui apprend aux enfants africains l’histoire des autres tout en effaçant la leur. Le résultat est un individu placé « hors de l’histoire », incapable de se projeter comme un acteur du destin mondial,.

En page 121, paragraphe 1, Memmi note :

« Le colonisé, lui, ne se sent ni responsable ni coupable, ni sceptique, il est hors de jeu. En aucune manière il n’est plus sujet de l’histoire ; bien entendu il en subit le poids, souvent plus cruellement que les autres, mais toujours comme objet. »

Cette exclusion historique crée une « amnésie culturelle ». Le colonisé oublie ses héros, ses sages et sa propre capacité à changer le monde. Responsabiliser les populations aujourd’hui signifie refuser ce rôle d’objet pour redevenir des sujets qui écrivent leur propre récit.

4. Le drame du bilinguisme colonial

La langue est le réservoir de l’âme d’un peuple. Or, dans le contexte colonial francophone, la langue maternelle est souvent humiliée, reléguée au rang de dialecte folklorique, tandis que le français est imposé comme l’unique langue du prestige et de la technique,.

Memmi analyse ce phénomène en page 135, paragraphe 3 :

« Le bilinguisme colonial n’est ni une diglossie […] ni une simple richesse polyglotte […] c’est un drame linguistique. »

Le bilingue colonial ne possède totalement aucune des deux langues. Sa langue maternelle est « l’humiliée, l’écrasée », et il finit par la mépriser lui-même pour tenter d’exister dans la langue du maître. Ce déchirement linguistique est l’un des verrous les plus puissants de l’aliénation mentale. N’oubliez pas de visionner également ma vidéo sur ce livre qui illustre visuellement ce conflit intérieur.

5. L’assimilation ou la haine de soi

Face au mépris, le colonisé tente souvent de « changer de peau ». Il imite le colonisateur, adopte ses mœurs, sa religion et ses tics, dans l’espoir d’être enfin reconnu comme un homme,. Mais cette tentative est une impasse car l’assimilation et la colonisation sont contradictoires.

Comme le souligne Memmi, pour s’assimiler, le colonisé doit d’abord se détester :

« L’amour du colonisateur est sous-tendu d’un complexe de sentiments qui vont de la honte à la haine de soi. »

Cette haine de soi conduit à rejeter ses propres racines, sa musique, ses arts et même ses traits physiques. Le drame est que le colonisateur finit toujours par refuser cette assimilation, renvoyant le colonisé à sa solitude et à son ridicule,.

6. L’impossibilité du compromis

Beaucoup pensent qu’une « bonne » colonisation ou une réforme douce aurait été possible. Memmi démontre que le système colonial est une machine rigide qui ne peut que se briser,. L’oppression exige la violence, et la violence appelle la révolte,.

En page 154, paragraphe 2, il affirme :

« La condition coloniale ne peut être aménagée ; tel un carcan, elle ne peut qu’être brisée. »

Le colonisé finit par comprendre que sa libération exige une rupture totale avec le système. Le refus du colonisateur devient alors le prélude indispensable à la reconquête de soi. Si vous voulez aller plus loin dans l’analyse de cette rupture, vous pouvez lire mon résumé PDF de ce livre.

7. La reconquête de soi : supprimer le « colonisé » en nous

La libération politique n’est que la moitié du chemin. La véritable urgence, selon Memmi, est la révolution intérieure. Il ne suffit pas de chasser l’occupant ; il faut guérir de la « maladie » que la colonisation a inoculée dans nos esprits.

L’extrait le plus puissant, situé en page 175, paragraphe 3, nous livre la clé du futur :

« Pour vivre le colonisé a besoin de supprimer la colonisation. Mais pour devenir un homme, il doit supprimer le colonisé qu’il est devenu. »

Redevenir un homme signifie cesser de se définir par rapport au colonisateur, qu’on l’imite ou qu’on le combatte avec haine. C’est cesser d’être « nationaliste par obligation » pour redevenir un homme libre, capable d’utiliser la technique et la science sans complexe, car elles appartiennent à toute l’humanité.

Conclusion

Le message d’Albert Memmi est un appel à l’éveil. L’ignorance et l’endoctrinement occidental ont maintenu l’Afrique dans un miroir déformant, nous faisant croire que nous étions des êtres de carence,. Pourtant, l’agonie du colonialisme est certaine, et la naissance d’un homme nouveau est possible,.

Sortir de la colonisation mentale exige de reprendre en main notre langue, notre histoire et notre propre jugement. C’est en cessant d’être des objets de l’histoire pour redevenir des sujets souverains que nous rendrons justice aux générations futures. La route est longue, mais la vérité est la seule arme efficace pour briser nos chaînes génétiques et culturelles,.

Soyez Différent et rendez-vous au prochain article.

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