Découvrez l’envers du décor du multiculturalisme à travers l’œuvre radicale de Robyn Maynard.
Introduction

Le Canada est mondialement reconnu comme un havre de paix, une terre d’accueil exemplaire et le berceau d’un multiculturalisme harmonieux. Ce récit national, soigneusement entretenu, présente le pays comme une mosaïque où chaque culture s’épanouit dans le respect des droits humains. Pourtant, derrière cette façade étincelante se cache une réalité bien plus sombre, faite de surveillance constante, de discrimination systémique et de marginalisation profonde des communautés noires. Dans son ouvrage magistral, NoirEs sous surveillance : Esclavage, répression et violence d’État au Canada, l’autrice et militante Robyn Maynard brise ce miroir des apparences pour exhumner les racines de la violence d’État.
Il ne s’agit pas ici d’une simple critique sociale, mais d’une véritable déconstruction d’un système qui, depuis des siècles, assigne les corps noirs à une position d’infériorité et de suspect permanent. Maynard nous invite à un voyage exigeant, parfois dérangeant, mais absolument nécessaire pour comprendre que le racisme au Canada n’est pas un ensemble de “bavures” isolées, mais une logique structurelle héritée de l’esclavage. Ce livre est un électrochoc pour quiconque croit encore que le racisme appartient au passé ou qu’il se limite à nos voisins du Sud.
Pour approfondir votre compréhension de ces dynamiques complexes avant de poursuivre, je vous invite vivement à consulter le Résumé PDF complet de NoirEs sous surveillance que j’ai réalisé pour vous.
L’objectif de cet article est de vous donner les clés pour lire le présent à travers le prisme de l’histoire et des institutions, afin de protéger vos familles et de préparer un avenir différent.
1. L’héritage de l’esclavage : de la propriété à la surveillance
La première étape pour déconstruire le mythe canadien consiste à reconnaître que l’esclavage a existé sur ce sol pendant plus de deux siècles. Contrairement à l’idée reçue d’un Canada “terre promise” pour les fugitifs américains, l’esclavage y a produit une violence constitutive. Maynard démontre que l’abolition légale en 1834 n’a pas marqué la fin de la subordination, mais une simple mutation des techniques de contrôle. Pour comprendre cette racine du mal, il faut lire ce passage crucial :
« Les séquelles encore très vives de l’esclavage et le colonialisme […] enchevêtrés […]. L’esclavage est un terrorisme racial qui vise l’assujettissement psychologique, physique et économique complet d’un être humain à un autre. » (Pages 29 à 30, paragraphe 2)
Cette définition souligne que l’esclavage n’était pas seulement un système économique, mais un mode de gouvernement des corps par la terreur. Lorsque la possession légale des corps est devenue impossible, l’État a substitué la criminalisation à la propriété. Le corps noir, autrefois traité comme une “chose” utile, est devenu un “accusé” potentiel. C’est ce que Maynard appelle le passage de la domination par la possession à la domination par la surveillance et l’ordre public. Les institutions modernes — police, tribunaux, services sociaux — héritent directement de cette grille de lecture où la noirceur est codée comme suspecte ou indisciplinée.
2. Le multiculturalisme : un écran de fumée institutionnel
Le Canada se targue d’être le premier pays au monde à avoir adopté une politique officielle de multiculturalisme en 1971. Cependant, les sources nous révèlent que cette politique a souvent servi à masquer la persistance des hiérarchies raciales. Au lieu de garantir l’égalité réelle, le discours sur la diversité dépolitise les rapports de pouvoir et naturalise la pauvreté des communautés noires. Maynard est très précise à ce sujet :
« En surface la politique multiculturelle officielle inscrite dans la loi en même temps que dans la charte canadienne des droits et libertés semble effectivement éradiquer les formes de discrimination étatique désormais d’un autre temps mais cette apparence d’égalité fait complètement l’impasse sur les conditions de vie récentes et actuelles des noirs au Canada. » (Page 32, paragraphe 2)
Cette “apparence d’égalité” permet à l’État de nier l’existence d’une négrophobie institutionnalisée. En célébrant les cultures dans ce qu’elles ont de superficiel (cuisine, danse, festivals), on occulte les mécanismes par lesquels les Noirs sont maintenus dans des positions de vulnérabilité économique. Le multiculturalisme devient alors une technologie de pouvoir qui stabilise l’ordre établi tout en se donnant une image de bienveillance. Pour les familles, il est crucial de comprendre que l’inclusion proclamée ne signifie pas la protection garantie.
3. Le profilage racial : une entrave à la libre circulation
Le système judiciaire et policier canadien fonctionne différemment selon la couleur de la peau. Maynard documente comment la police a fabriqué une culture de l’urgence autour des “gangs de rue” pour justifier une surveillance omniprésente dans les quartiers noirs. Cette surveillance se traduit par des statistiques de contrôle de routine alarmantes, comme le montre cet extrait :
« Un rapport commandé par le chef de la police de Kingston en Ontario constate que la probabilité de faire l’objet d’un contrôle policier de routine est trois fois plus élevé pour les personnes descendantes africaines que pour les blanches et que les femmes et les hommes noirs sont exposés à des taux d’interpellation individuelle beaucoup plus élevés que les femmes et les hommes blancs entre 2006 et 2016. » (Page 87, paragraphe 3)
Ce profilage n’est pas une anomalie, c’est une stratégie de tri et de confinement. Le “Driving While Black” (conduire en étant Noir) est une réalité documentée qui transforme chaque déplacement en un risque potentiel de rencontre coercitive avec l’État. Cette pression constante produit ce que Maynard appelle un “effet cliquet” : chaque interpellation multiplie les chances d’entrer dans l’entonnoir pénal, menant de la rue à la prison, parfois pour des infractions mineures qui auraient été ignorées chez des citoyens blancs.
Pour voir ces réalités en images et écouter une analyse approfondie, ne manquez pas cette vidéo dédiée au livre NoirEs sous surveillance.
4. La Misogynoire : la violence d’État au féminin
Un aspect fondamental de l’œuvre de Maynard est la mise en lumière de la misogynoire, un terme qui décrit l’intersection spécifique du racisme et de la misogynie subie par les femmes noires. Trop souvent, la violence policière est présentée comme une “affaire d’hommes”, invisibilisant ainsi les traumatismes vécus par les femmes. L’autrice cite le néologisme créé par Moya Bailey :
« L1 moya Bale féministe noir cuir a créé un néologisme pour rendre compte de l’invisibilité des réalités vécues par les femmes et les femmes noires en particulier la misogie noire ce terme désigne la haine profonde dont les noirs font l’objet parce qu’elles vivent à l’intersection entre la misogénie et le racisme antinoir. » (Page 144, paragraphe 1)
Cette haine se manifeste par une hypersexualisation et une criminalisation simultanées. Les femmes noires sont soumises à des fouilles à nu abusives, à des commentaires dégradants sur leur corps et à une suspicion permanente de fraude, notamment auprès des services sociaux. La figure de la “mule” (passeuse de drogue) ou de la “mère indigne” sert de levier pour justifier des intrusions étatiques brutales dans leur vie privée. Dire leurs noms et raconter leurs histoires est un acte de résistance contre cette invisibilité structurelle.
5. Le capitalisme racial et l’exploitation des travailleurs
L’économie canadienne s’est historiquement construite sur l’exploitation différenciée des travailleurs racisés. Maynard utilise le concept de capitalisme racial pour expliquer comment l’État organise la précarité de certains groupes pour alimenter le marché. Les programmes de travailleurs temporaires en sont l’exemple le plus flagrant aujourd’hui :
« Les programmes de travailleurs temporaires illustrent ainsi les mécanismes par lesquels le capitalisme racial normalise la subordination et l’exploitation des travailleurs noirs et racisés, avec l’appui de politiques étatiques qui les encouragent et les structurent. » (Page 102, paragraphe 1)
Ces travailleurs sont souvent privés de droits fondamentaux, maintenus dans une dépendance totale vis-à-vis de leurs employeurs et menacés d’expulsion au moindre signe de “désobéissance”. Cette gestion de la main-d’œuvre rappelle les logiques de l’esclavage où le corps noir est réduit à une ressource jetable et remplaçable. Même pour les citoyens noirs, la citoyenneté ne protège pas toujours de la déqualification et du sous-emploi systématique.
6. La faillite de l’école et la destruction des familles

Peut-être le point le plus révoltant pour les parents est la manière dont l’école et la protection de la jeunesse collaborent pour briser les familles noires. Maynard relate un incident traumatisant qui illustre cette violence administrative :
« Le 30 septembre 2016 une école primaire du Mississoga […] deux policiers ont menoté la fillette une gamine non armée pesant 20 kg ils lui ont attaché les chevilles et les poignées […] cette fille était-elle une si grosse menace pour qu’on puisse l’enchaîner ? » (Page 211, paragraphe 4)
Cet acte barbare contre une enfant de première année n’est pas isolé. L’école, au lieu d’être un lieu d’émancipation, devient souvent un pipeline vers la prison. Les enfants noirs sont sur-disciplinés, plus souvent suspendus et orientés vers des filières dévalorisées sous prétexte de “négligence” ou de “manque de capacités”. Maynard dénonce cette “ségrégation de deuxième génération” opérée par des procédures administratives opaques qui retirent aux enfants noirs leur innocence enfantine aux yeux de l’institution.
Si vous souhaitez agir concrètement pour protéger vos enfants de ces schémas, n’attendez plus pour lire mon Résumé PDF de NoirEs sous surveillance et découvrir les stratégies de résistance.
Conclusion
Le livre de Robyn Maynard est un appel à la lucidité et à la transformation. Il nous montre que la justice raciale au Canada ne pourra être obtenue par de simples ajustements à la marge, mais par une remise en question totale d’un système bâti sur la surveillance et la punition des vies noires. Comprendre ces mécanismes est le premier pas pour briser les chaînes invisibles — ces “engrammes coloniaux” — qui sabotent encore nos ambitions et notre liberté mentale.
La mémoire de l’esclavage, la réalité de la misogynoire et la faillite de l’école ne doivent pas nous plonger dans le désespoir, mais nourrir une conscience collective prête à bâtir des institutions communautaires fortes. Comme le disait John Locke, c’est l’éducation qui fait la différence entre les hommes ; éduquons-nous pour ne plus jamais être des “objets captifs”.
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