Cela faisait trop longtemps que je n’avais pas observé le rapport que les enfants ont avec l’échec.
Mon petit-fils m’a donné l’occasion à plusieurs reprises d’observer et d’apprendre, de comprendre et de regretter en moi la disparition de cette attitude naturelle.
Les enfants aiment jouer et c’est à cela que son destinée ces jeunes années, jouer.

Pourquoi ?
Parce que pendant le jeu on a un feedback rétroactif extrêmement rapide de ce qui marche et de ce qui ne marche pas et de comment on peut rapidement s’ajuster parce qu’on a du skin-in-the-game. C’est la raison pour laquelle dans la jungle les animaux les plus intelligents et qui occupent le haut de la chaine alimentaire sont des joueurs impulsifs (les félins).
J’observe régulièrement mon petit-fils jouer. Il joue avec tout ce qui lui tombe sous la main. Rien à foutre si c’est dangereux ou pas, c’est l’occasion pour lui d’apprendre et de jouer en apprenant. N’importe quel objet doit servir à un jeu que je ne comprends pas, un jeu que crois imaginaire pour lui. Il suffit qu’il ait en main n’importe quoi pour commencer son jeu, son exploration, son apprentissage et sa rencontre avec l’échec.
Je me suis amuser à le laisser avec un objet dangereux comme un couteau plus d’une fois.
Je l’observais bien entendu en restant à l’affût du moindre faux-pas de sa part pour intervenir aussi vite que possible.
Mais pourquoi je l’observais, pour apprendre, comprendre et regretter mon attitude avec l’échec. Et chaque fois j’étais battu à plate couture par son attitude.
Voici à peu de choses près comment les choses se passent.
LES 8 ETAPES
- Etape 1 : il prend en main un objet dangereux (un couteau)
Lorsque j’en fais le constat je fais le maximum pour me rapprocher de lui en toute discrétion pour ne pas le déconcentrer mais aussi pour pouvoir intervenir le plus rapidement possible.
- Etape 2 : il se met à jouer à sa façon avec le couteau.
Là bien entendu je ne comprends rien à son jeu parce qu’il est dans sa tête, il crée le monde qu’il veut et les images qu’il veut réaliser ou voire réaliser avec son nouveau jouet. Je suis taraudé de questions comme « mais qu’est-ce qu’il veut faire avec un couteau ? », « Comment peut-il comprendre ce que c’est qu’un couteau ? », « s’il le tape au sol de façon maladroite (ce qui est évident qu’il fera) il peut se causer du tort », etc.
- Etape 3 : Je lui dis que c’est dangereux de jouer avec un couteau
Là il me regarde l’air d’avoir compris et je sais qu’il a compris ce que je voulais dire. Il ralenti un peu son élan juste le temps que je fasse comme si je ne m’intéresse plus à lui pour qu’il continue son jeu.
- Etape 4 : plus il passe du temps avec ce couteau, plus il est dans sa bulle et le jeu devient sans aucun doute plus réel parce que maintenant il est vraiment en train de chercher à créer quelque chose avec et/ou à travers ce couteau.
Là je suis plus vigilant encore et je suis presque totalement aussi inconscient que lui du monde qui nous entoure. Lui par son couteau et ses créations dans sa tête et moi parce que je suis partagé par la curiosité de savoir jusqu’où il va aller avec son couteau dans ses explorations et le désir d’intervenir et de lui prendre son couteau avant qu’il ne se fasse du tort.
- Etape 5 : il se met à utiliser le couteau dans le sens de son jeu de la façon la plus active possible en l’agitant énergiquement dans tous les sens.
Je suis sur le qui-vive et prêt à bondir. En tout cas tous mes sens m’ont déjà dit de lui arracher le couteau entre ses mains. Le conflit dans ma tête est du genre « je lui laisse encore quelques secondes ou il faut y aller maintenant ? ». Son enthousiasme dans le jeu me dit de le laisser encore quelque temps et mon alarme danger est en complet affolement. Il faut absolument intervenir
- Etape 6 : Je lui prends délicatement le couteau des mains, ne supportant plus le warning qui fait un bruit tonitruant dans ma tête.
C’est là où l’apprentissage sur l’attitude de l’enfant face à l’échec commence pour moi.
- Etape 7 : Il s’arrête net. La stupéfaction d’être interrompu dans sa création artistique que je ne peux de toutes les façons pas comprendre. C’est une pause de quelques secondes ou même millisecondes.
C’est ici que j’ai constaté 2 scénarios possibles :
- Il cri a tu tête pour que je lui rende son jouet. Je viens de l’interrompre en plein milieu d’une phase que je ne saurais définir, mais je viens de faire échouer son entreprise dans laquelle il y avait mis tout son être vivant au point où rien d’autre n’existait plus sinon cette symbiose entre lui son objet et la création artistique qu’il était en train d’entreprendre. Ses pleurs et ses cris vont durer quoi ? 10 minutes max ?
- Il me regarde tout surpris de mon attitude d’ignorant qui ne peut pas imaginer qu’il était sur le point de faire la découverte du siècle et me souris. Il sourit avec ce regard qui le dit j’ai compris t’inquiète.
Dans les 2 cas l’attitude qui vient après est la plus déterminante :
- Etape 8 : Il passe à autre chose.
Il y a tellement de créations dans son être qu’il peut recommencer une autre création avec n’importe quoi d’autre qui tombe dans ses mains.
D’ailleurs il peut continuer ce qu’il réalisait avec son couteau en utilisant un tout autre objet. Ce n’est pas lui qui est un idiot, c’est moi qui ne comprends stupidement rien et qui l’ai interrompu. Ce n’est pas lui le problème c’est soit moi, soit alors si je lui explique bien, c’est le couteau. Jamais et au grand jamais LUI.
Dans ces habitudes répétées de sa part, j’ai appris de son attitude face à l’échec.
MON ATTITUDE FACE À L’ÉCHEC
Je suis souvent tellement absorbé dans le business que je monte que j’utilise des outils parfois dangereux (Etape 1), sans vraiment prendre conscience qu’ils peuvent l’être pour mon business mais aussi et surtout pour moi. Je suis tellement concentré dans l’utilisation de mon outil (Etape 2) que lorsqu’une personne expérimentée me fait savoir que c’est dangereux (Etape 3), je ne l’écoute pas. Je suis dans mon processus de création (Etape 4) et je suis si absorbé per mon jeu que je ne vois rien d’autre (Etape 5).
Seulement à un moment donné, le caractère dangereux de mon instrument se fait voir et je reçois un revers douloureux (Etape 6), dans des trucs comme « je perds une vente » ce qui d’ailleurs m’est arrivé il y a 2 jours, « je perds de l’argent », « je suis obligé de recommencé tout un processus », « je pers 3 ans de ma vie », bref vous avec compris, quelque chose de suffisamment douloureux.
A ce moment la douleur de mon échec me fait crier à tue-tête comme mon petit-fils (Etape 7) et c’est là la seule similitude dans notre attitude à cette étape.
Parce que contrairement à lui, au lieu de passer vite à autre chose (Etape
, je me morfonds dans le cri de douleur (Etape 7/1), je me blâme, je me puni, je m’insulte, je me méprise, je me traite de tous les noms d’oiseaux et ce pendant un long moment, parfois des années.
J’APPREND
Par contre ses 2 attitudes (Etape 7/1 et 7/2) m’apprennent des choses.
Sa 1ère m’apprend que l’échec peu créer de la contrariété (Etape 7/1), ce qui tout à fait normal, donc je peux crier à tue-tête mais pour un court laps de temps et le plus court possible. Si ce temps peu même être d’une seule seconde c’est super.
J’apprends de sa 2nd attitude, avec son sourire dans le coin, qu’il SAIT que l’échec fait partie du jeu (Etape 7/2). Il doit souvent juste l’observer et lui sourire.
JE COMPREND
Là je comprends que j’ai tué en moi le créateur que je suis et qui peut continuer ma création ou recommencer une autre avec un tout autre instrument. Le génie créateur en mon petit-fils, s’il n’était pas quasiment mort en moi, je comprendrai que je ne suis pas nul mais j’ai utilisé un outil nul, ou que je ne suis pas un problème quand je rate une vente mais c’est le prospect qui est suffisamment idiot de ne pas comprendre que c’est lui qui a besoin de moi et pas le contraire, etc.
Mais je comprends aussi qu’il a plus de facilité à passer à autre chose parce qu’il est capable d’apprendre très vite et de tirer des conclusions rapides au travers de son jeu de création et plus vite il se remets à jouer, plus vite il va apprendre de nouvelles choses au lieu de perdre son temps à se cramponner à un couteau alors qu’il y a plein d’autre choses autour de lui qui peuvent déclencher l’activité de son génie créateur.
JE REGRETTE
Alors je regrette cette attitude que j’ai perdu face à l’échec. De ne pas me prendre pour un échec mais de savoir que l’échec est mon enseignant et non mon opposant.
Je regrette de ne pas simplement pleurer de mon raté pendant la plus courte période de temps possible sinon cela crée de la gangrène d’échec.
Je regrette de ne pas continuer d’avoir l’attitude de ne pas m’assimiler à échec, de m’en détaché tout en apprenant de lui. Je regrette de ne plus avoir cette capacité d’apprendre très vite.
Je regrette de rendre une frustration qui doit être passagère l’expression même de mon être quand je rencontre un revers.
Je regrette d’avoir endormi mon moi créateur à la faveur de l’apitoiement sur soi.
Je regrette d’avoir perdu la compréhension qu’il faut jouer et prendre plaisir au jeu même lorsque que des échecs se présentent parce que ces échecs sont dans le jeu et non des bugs du jeu.
CONCLUSION
Je crois en savoir plus sur la vie que mon petit-fils. Est-ce bien le cas ? N’est-ce pas lui le savant parce que naturellement il fait ce qui est en alignement avec la nature qui nous entoure et qu’au lieu de penser que j’élève l’enfant, je devrais plutôt dire que je l’encadre pendant que j’apprends de lui ?
J’apprends de sa connexion avec la nature de la vie physique sur comment elle fonctionne.
J’apprends du fait que je suis guidé par mon mental et lui par le physique, la création matérielle et la vie réelle telle qu’elle devrait être vécue par des êtres physiques.
S’il peut, sans prononcer un seul mot, m’enseigner sur l’attitude à avoir face à l’échec, que pourrait-il m’apprendre s’il pouvait déjà parler ? Ne serait-il pas celui qui m’élève tandis que moi je lui donne l’environnement le plus propice pour mon éducation et son évolution ?
Pourquoi est-ce que je ne l’écoute pas plus que je ne regarde la télé, les réseaux sociaux, le journal du 20h, le professeur d’école, l’imam ou le prêtre, l’expert en sociologie ou le magicien en vaccination, etc. ?
Et vous,
Quelles leçons avez-vous tirées de l’observation de votre enfant ?